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Karaté Tiger [David]

Noah Kyanseru
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Noah Kyanseru
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Ven 21 Sep - 13:46
"Je file, à demain !"

Fin de service pour l’inspecteur Kyanseru. Journée tranquille aujourd’hui. Il avait mené 3 interrogatoires et réussi à tirer les vers du nez des criminels, des braqueurs de petite facture qui commençaient tout juste le métier. Le reste de la journée, il l’avait passé à remplir ses rapports en retard et à "scanner" les faits divers qui l’intriguaient. C’était son sport préféré. Il choisissait un évènement sans grand intérêt et s’acharnait dessus, le retournait dans tous les sens, menait des recherches en profondeur, tentait de le lier à d’autres évènements… Dans les meilleurs des cas, il élucidait ainsi des crimes souvent très mineurs, de l’ordre du vol à l’étalage insolite filmé et diffusé sur le net ou du gramme de cocaïne retrouvé dans l’appartement d’un vieillard sourd et aveugle. Bien sûr, ces affaires improvisées ne lui étant pas assignées, elles ne relevaient d’ailleurs pas de la responsabilité de quiconque, il ne pouvait pas monter dans son véhicule et se rendre chez le petit vieux, badge à la main, pour l’arrêter sur-le-champ. Mais il glissait dans ses rapports des références à ces affaires, voire la solution de l’énigme. C’était un sacré petit plaisir que de voir son chef, en plein milieu de la lecture d’un de ses rapports, lui lancer un regard assassin depuis l’autre bout du bureau avant de se ruer sur son téléphone.

Il aurait pu continuer encore un peu, faire des heures supplémentaires, compléter quelques rapports, aider des collègues "tout à fait consentants" dans leurs affaires... C’était ce qu’il faisait, en temps normal. Mais aujourd’hui, on était vendredi. Et il ne pouvait pas se permettre de traîner au travail comme à son habitude.





Il jeta le bâton de sucette qui pendouillait dans sa bouche avant de passer les portes battantes du vieux bâtiment et de s’avancer dans les couloirs jusqu’à atteindre la porte souhaitée. Il entra.

"Bonjour inspecteur !"

Ainsi s’exclamèrent à l’unisson une demi-douzaine de mères de famille en voyant Noah pénétrer dans le dojo. Le policier sourit. Il avait rasé ses poils de barbe rebelles, qui lui donnaient l’air d’un détective privé alcoolique, dans les toilettes du commissariat juste avant de partir, comme chaque vendredi soir. Il se devait d’être un minimum présentable pour ce rendez-vous hebdomadaire. Sur les tatamis, une poignée de gosses entre 6 et 11 ans répétaient leurs katas, autant à l’unisson que faire se peut, sous le regard austère d’un homme d’un certain âge, aux visage dur et aux cheveux blonds coupés très courts, vêtu d’un kimono et d’une ceinture noire. Il n’avait pas lancé un regard à Noah lors de son arrivée mais avait réprimandé les élèves qui, eux, s’y étaient risqués.

Koîchi Bunta:
 

L’inspecteur prit place sur un banc, entre deux charmantes femmes d’âge mûr qu’il connaissait bien. Les trivialités mondaines s’engagèrent. "Comment va votre fils ?", "Très bien il va entamer sa deuxième année.", "Et vous madame Hana ?", "Il est malade, le pauvre.", "Et vous inspecteur, votre lutte acharnée contre le crime ?", "Oh vous savez, la routine.", "Je suis tellement fière de vous !" et ainsi de suite. Cela allait faire cinq ans que Noah venait en avance afin d’assister à la fin du cours de karaté et de discuter avec les parents venus chercher leurs mômes. Cinq ans qu’il marquait des points petit à petit en jouant la carte de l’humilité afin d’être vu comme le gentil inspecteur qui faisait de son mieux sans trop réussir à percer. Cinq ans qu’il tentait ainsi de se rapprocher le plus possible des nombreuses mères célibataires qui fréquentaient les lieux, dans l’espoir qu’un jour, sa gentillesse soit récompensée par une folle aventure d’un soir. Et cinq ans, donc, qu’il ne réalisait pas que, de la même manière que les élèves du dojo le voyaient comme un "grand frère cool" qui venait de temps à autre, il était considéré par absolument toutes ces dames comme un fils adulte un peu benêt qu’on avait très envie de voir réussir et rien de plus. Heureusement pour Noah, il ne savait absolument pas qu’il était face à une énigme insoluble et voyait plus cela comme un travail de longue haleine qu’il finirait par accomplir. En réalité, en ce qui concernait ces dames, c’était une affaire classée.

Après cinq minutes de banalités, le professeur marqua la fin du cours et renvoya les combattants miniatures dans les vestiaires. Il s’approcha de Noah une fois ce dernier abandonné par sa galante compagnie, qui faisait route vers la sortie des vestiaires pour y récupérer leurs enfants. Il le toisa de haut en bas.

"Salut, prof."

"C’est quoi cette tenue ?"

Noah était encore vêtu de son imperméable marron, de ses chaussures mouillées par l’humidité des trottoirs et de sa chemise kaki. Pas exactement l’équipement adapté pour ce qu’il s’apprêtaient à faire.

"J’ai pas eu le temps de me changer."

"Ben voyons. Et pour bavasser t’as le temps ? Va te changer avant que je te vire d’ici à coups de pied au cul."


Noah fila vers les vestiaires sans protester, non sans vérifier que personne n’avait entendu ça. Quand il pénétra finalement dans la pièce, il fut assailli par un véritable déferlement sonore. Des piaillements aigus qui résonnaient dans l’espace bien trop réduit, tous plus ou moins dirigés vers lui.

"Noah, Noah, t’as vu mon coup de pied ?"

"Noah, hé, Noah, t’as tiré sur des gens aujourd’hui ?"

"Noah, mon papa il a dit que t’étais un "gland", c’est vrai ?"

Aucun entraînement policier ne l’avait préparé à ça. C’était avec le temps qu’il s’y était habitué. Les enfants étaient son public le plus difficile. A moins de leur montrer directement son arme de service ils refusaient de le prendre pour un flic, le badge semblant ne pas constituer de preuve tangible de sa profession à leurs yeux, ce qui rendait compliqué le fait d’être crédible. Et il y avait cet acte de funambule compliqué, qui consistait à être perçu à la fois comme quelqu’un de badass et comme quelqu’un de sympathique. Avec les criminels et les civils, il insistait sur le côté badass, sombre et mystérieux. Avec les mères de famille et ses collègues, c’était sa facette sympathique qu’il mettait en exergue. Mais les gosses, c’était terrible. Car ces deux aspects ne pouvaient pas à eux seuls être intéressants pour un gosse. Trop badass, et il serait pris pour un menteur ou pour un être inatteignable. Trop sympa, et il ne serait jamais pris au sérieux. Inutile de dire qu’auprès des élèves du dojo Bunta, il avait complètement foiré son numéro et était passé du côté sympathique de la force.

Tout en répondant le mieux possible (mais de manière monosyllabique tout de même, afin de conserver un semblant d’aspect blasé et cool) à la horde prépubère qui l’assaillait de toute parts, l’inspecteur Kyanseru se défit de sa chemise et de son jean pour enfiler un débardeur gris pâle très serré et un jogging noir. Il glissa dans un sac plastique ses chaussures de ville et commença à bander ses mains, ses avants-bras et ses chevilles nues. C’était sa partie préférée, elle ne manquait jamais d’attirer l’attention des gosses, fascinés par cette préparation tout droit sortie d’un match de boxe ou d’un shonen manga. Petit à petit, le vestiaire se vida, jusqu’à ce qu’il ne reste que Noah. Il fit glisser son arme hors de son imperméable pour la ranger dans son sac de sport. Il n’utilisait pas de casier depuis qu’il avait obtenu le droit, voire l’obligation, de conserver son arme de service sur sa personne. Il mettait son sac dans un coin du dojo, de sorte à pouvoir le voir tout le temps. Quand bien même personne ne venait à cette heure-là, il n’allait pas laisser ainsi une arme à feu à la portée de tout gosse un peu trop curieux.





"T’es pas venu la semaine dernière."

"Un témoin plus coriace que la moyenne m'a retenu."

En réalité, la semaine dernière, son absence s’expliquait par une punition imposée par son chef. Il avait interféré avec une enquête qui n’était pas la sienne et, quand bien même il avait fini par arrêter le coupable, il avait en guise de punition été assigné à la garde de nuit pendant une semaine. C’était à ce genre de punitions que les officiers reconnaissaient un nouvel inspecteur-chef. Les habitués du commissariat savaient pertinemment que cela ne servait à rien de donner plus de travail à Noah Kyanseru, qu’importe l’heure de la journée. Avec lui, c’était l’inverse d’une sanction.

"Tu deviens de plus en plus mauvais ou quoi ? C’est pas la première fois ce mois-ci."

"Et vous, vous avez de moins en moins d’inscrits pour que je vous manque autant ?"

Noah esquiva de justesse le coup de pied de son instructeur. Ils commençaient toujours les leçons ainsi. Des échanges rapides de vannes un poil trop proches de la vérité. Noah n’était pas de plus en plus mauvais, mais il était de plus en plus souvent puni. Et Koîchi Bunta était bel et bien en manque d’élèves. Il n’avait plus que le cours de karaté du vendredi soir et le stages d’autodéfense des vacances pour complémenter son travail dans la supérette du coin. L’un comme l’autre appréciaient plus que tout la venue de ce cours du soir particulier. Pour Noah, ça valait amplement les 1500 yen hebdomadaires.

"Tu t’es entraîné cette semaine au moins ?"

"A vous de voir."

Noah se rapproche d’un coup en tombant presque avant de se redresser et de tenter un uppercut. Bloqué de la main gauche par Bunta, qui attaque au flanc dans le même instant. L’inspecteur titube en arrière.

"Je vois que non."

"J’essaie des trucs au moins."

"On a déjà vu ça, tu n’es pas fait pour les mouvements amples, oublie les uppercuts. Le zui quan par contre ce n’est pas idiot. Je ne sais pas où est-ce que tu as eu cette idée mais je pense qu’en travaillant dessus tu pourras bien intégrer certains coups à ton style actuel."

"J’ai regardé Drunken Master mardi dernier."

"Ceci explique cela."

Nouvelle série d’assauts, assez conventionnels cette fois. Attaque, parade, riposte. Attaque, parade, riposte. Ce va-et-vient se poursuit pendant cinq bonnes minutes, avant qu’un bruit n’interrompe les deux combattants, pas encore assez impliqués dans leur affrontement pour être insensibles aux sons extérieurs. C’est un bruit de porte qu’on ouvre. Noah n’a pas à chercher la pièce du regard pour savoir que personne n’a oublié quoi que ce soit dans le dojo, même chose dans les vestiaires, les gosses étant étonnamment consciencieux quand il était question de leurs affaires de sport. Il y a quelqu’un dans le bâtiment, et ce n’est pas un parent d’élève.

Koîchi comme Noah se regardent avec un air un peu penaud, inhabituel, qui leur sied fort mal à tous deux. C’est alors que quelqu’un rentre dans le dojo. Génial, c’est comme dans Shenmue sauf que Ryo Hazuki est là pour voir son père se faire tuer par Lan Di.
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David Matsui
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David Matsui
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Lun 24 Sep - 23:17
La première chose que l'on remarque lorsque l'on rentre dans un endroit pareil, après la marmaille qui sort en piaillant au milieu de mères de familles en grande discussion, c'est l'état des murs.

Ce n'était pas l'apocalypse, loin de la, mais c'était suffisamment dégradé pour montrer que l'endroit avait connu des jours plus heureux. Il m'a suffit de me balader un peu dans les couloirs pour me rendre compte qu'un sérieux coup de balais ne ferait pas de mal. Un sérieux coup de peinture aussi d'ailleurs. Les politiciens étant radins par nature, les finances ont du disparaitre avec le temps. Les animateurs sportifs du quartier ont du suivre le mouvement. Voila qui expliquerait les murs décrépits, les salles vides et les couloirs déserts. Ce genre d'endroit est généralement bien remplis, mais la c'est clairement la fin des haricots. Pas un rat dans l’entièreté de ce bâtiment. Pas un rat si ce n'est deux Hommes. Deux hommes beaucoup trop occupé par mon arrivé impromptue pour continuer à se mettre sur la tronche.

L'un, relativement âgé, possède le regard d'un Homme qui a vu des choses plus impressionnante dans sa vie qu'une petite merde comme moi. L'autre, la trentaine environ, est affublé d'un air beaucoup plus... patibulaire ? Je sais pas. Disons qu'en terme de premier coup d’œil, il peine à dégager la même virilité que son camarade. Mais trêve de suppositions. On ne juge jamais un cheval par la manière dont il se tiens dans son box, encore plus quand on a un quotidien comme le mien. Surtout en ce moment.

Je ne peut clairement pas me permettre de faire la fine bouche en ce moment.



"Merde. C'est la merde."

"..."

L'eau froide me sort de ma torpeur. Une heure. Je viens de passer une heure assis en position fœtale dans ma douche. Une heure à me repasser en boucle les pires moments de mon enfance couplés à ceux d'une prise d'otage beaucoup trop violente. Une heure à trembler comme un petit enfant sous une eau à plus de 30°C. Une heure, une seule petite heure aura suffit pour que je redevienne une médiocre petite victime.

Je commence tout juste à réaliser que ça ne sert à rien. Ça ne partira pas sous l'eau. Ça ne partira jamais sous l'eau.

J'essaye de me lever. La tentative est ridicule. Suffisamment pour que mon Alter s'approche de la douche et m'attrape avec la délicatesse d'un militaire en campagne. L'eau continu de couler. Pas grave. Elle viens directement de la station d'épuration de toute façon, je fais que lui faire repasser un coup dans la mousse. En plus je viens de vider le ballon d'eau chaude pour la journée. Wendigo me laisse s'effondrer sur le vieux fauteuil en cuir posé devant les PC, j'ai juste le temps de me féliciter d'avoir eu la présence d'esprit de poser ma serviette à cet endroit avant de glisser dessus, nu comme un vers. Ma nouvelle position me permet de remarquer un léger petit détail. Les dents de mon Alter sont couvertes de sang.

"Qui est ce que tu as..."

La question se meurt dans ma bouche. L'instinct de mon Alter répond avant que je ne puisse la formuler entièrement. Il ne me faut que quelques microsecondes de plus pour conceptualiser le fait que je n'ai pas Faim. Je me lève aussi vite que possible, manque de me péter la gueule une fois de plus, et tourne la poignée de la porte étanche devant moi. L'odeur me saute au narines. Et ce n'est pas celle des égouts.

Une Femme. Environ vingt cinq ans. Plutôt bien foutue. Enfin, si on excepte le trou béant dans son ventre et les entrailles répandues sur son bassin. Subtile différence entre elle est moi : malgré son état elle reste l'heureuse propriétaire d'un tailleur de luxe. Ainsi que d'un magnifique tatouage intégral de Yakuza.

"Salope. Crève salope."

Je me retourne lentement afin de contempler Wendigo. Ça fait un moment que je ne me suis pas penché sur son cas. Il est Grand, bien plus que moi. Il est Fort, bien plus que moi. Il est rapide, bien plus que moi. Il est résistant, bien plus que je ne le serai jamais. Et, comble de tout ce bordel, il a un instinct. Un instinct suffisamment développé pour se mettre à traquer des criminels tout seul. J'en rigolerai presque si ma propre froideur face à un cadavre éventré n’était pas en train de me glacer le sang. Attend une seconde... un cadavre éventré. C'est trop gros pour être une coïncidence. Il observe. Mes alliés, mes ennemis, mon subconscient. Il observe tout, et son instinct apprend. Depuis combien de temps est ce que je n'ai pas appris quelque chose ? Je vais en avoir besoin. Je vais avoir besoin d'apprendre. Surtout maintenant. Surtout maintenant que je suis une bête traquée.

Je met bien à cinq minutes à sortir de mes pensées, histoire de me rendre compte le plus tard possible que je suis un poil à coté d'un Alter-monstre et d'un cadavre à moitié bouffé.




"Je ne prend pas de nouveaux élève. Désolé mais je suis pas intéressé."

Le regard du vieil homme se veut ferme et autoritaire, il est accompagné d'un croisement de bras dévoilant une musculature à même d'impressionner le civil moyen. Celui de son acolyte est beaucoup plus comique. Ses yeux, que je qualifierai d’amusés, observe la scène avec un intêret bien réel.

"Je vous prie de reconsidérer. J'ai terriblement besoin d'un maître. Et je suis parfaitement capable de vous payer comme il se doit pour ce travail."

Une fumée importante sort des narines du vieux combattant tandis qu'il me juge de haut en bas. J'ai l'impression d'être une pièce de viande présenté au marché. Un rapide échange de regard avec l'autre me démontre que ça doit être une habitude. Il a du passer par cette "résistance forcée" lui aussi. Comme tout les élèves que ce type a pu avoir dans son existence.

"Montre moi ton torse."

La remarque ne me surprend qu'a moitié. Le regard était annonciateur. Il ne me faut pas longtemps pour retirer mon sweat à capuche et mon T-shirt. Et exhiber mon torse nu au regard d'un type qui a du en voir plusieurs centaines dans sa vie.


Dernière édition par David Matsui le Dim 13 Jan - 17:02, édité 2 fois
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Noah Kyanseru
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Noah Kyanseru
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Ven 28 Sep - 22:56
Amusant, le gosse. Un petit brun en sweat avec l’air vaguement nerveux. Il devait avoir 16, 17 ans au plus, à en juger pas son visage. Mais il se tenait comme quelqu’un qui avait vécu bien plus. Il a des airs de Daniel LaRusso jeune. Sauf qu’au lieu de lui transmettre sa maîtrise du karaté, Miyagi lui aurait transmis sa dépression. Noah le scrute attentivement pendant que le gosse cherche à obtenir de Bunta des cours. Tu t’y prends mal, gamin, tu surestimes probablement le vieux. Noah repensait à ce qu’il avait dû faire pour convaincre le maître de l’entraîner. Amusante réminiscence qui fit naître un léger sourire sur le visage du policier.

Le regard faussement distrait de l’inspecteur passe sur le corps du nouveau venu. Aucune marque sur son visage si ce n’est celle laissée par la fatigue et la haine. Haine des autres, ou de soi-même ? Pas de marques donc pas de blessures infligées par d’autres gosses. Ce genre de racailles, ça ne prenait pas la peine d’infliger des blessures discrètes, ça fendait la lèvre à coup de canif. Un parent abusif peut-être ? Eux, ils faisaient bien attention à ne pas laisser de trace évidente de leur maltraitance. Des bleus sur les bras, des coupures sur le torse. Non, un parent violent ne le laisserait probablement pas sortir à une heure si tardive. Le sweat du gosse dissimulait trop de choses, ce n’était pas pertinent de se perdre en suppositions. Mais l’habit avait peut-être autre chose à dire. Sale. Pas le genre de crasse qu’on peut identifier de loin, ni de taches évidentes comme du sang ou du café. Mais un amas de plein de petites choses, de micro-traces qui font qu’au bout du compte, ce petit brun a des vêtements un poil moins clean que la moyenne. Et pourtant, il vient demander à un combattant reconnu de le prendre en charge. Donc c’est ce qu’il a de plus propre sous la main. De plus en plus intéressant tout ça. Le bas est usé au niveau des chevilles. Plus précisément, la pliure de l’ourlet s’effiloche. Typique des gros marcheurs. De plus en plus intéressant. A chaque détail remarqué, des théories naissent tandis que d’autres meurent dans l’esprit de Noah, qui se contente de lancer un regard compatissant au gosse quand Bunta lui demande de se déshabiller. Il lui avait fait le coup, à lui aussi. Koîchi Bunta refusait de travailler avec des débutants complets, les gosses mis à part. Sans sa carrure de flic, Noah aurait été rejeté.

L’instant de vérité est arrivé. Le torse est mis à nu. Grognement de Bunta qui s’approche. Noah suit, un peu en retrait, l’air détaché. Tandis que l’instructeur se penche sur les muscles de l’adolescent, l’inspecteur se penche et, d’un geste, récupère le sweat et le t-shirt posés au sol, juste avant de s’adresser au brun.

"T’en fais pas, je vais juste les poser un peu plus loin pour qu’on soit pas gênés."

Nouveau grognement de Bunta, que Noah interprète comme voulant signifier "Donne pas de faux espoirs au gosse". Alors qu’il s’éloigne en direction de son sac, Noah jette un regard en arrière, pour s’assurer que le brun est concentré sur son examen corporel, et porte rapidement les habits à son nez tombant. Reniflement rapide. L’odeur est très légère, impossible de tirer des conclusions certaines. Le gosse n’habite probablement pas tout près, à en juger par la senteur de sueur : même s’il s’était changé juste avant de venir ici, son odeur a eu le temps de s’imprégner. Mais derrière, Noah percevait, bien que faible, un relent plus fétide qu’il ne parvient pas à identifier exactement.

Pourquoi s’embêter à ce point ? Pourquoi vouloir à tout prix obtenir le plus d’infos possibles sur ce gosse ? Déjà parce qu’il l’intriguait. Ensuite, par simple déformation professionnelle. En enfin, parce que pendant que Bunta s’amusait à lui zieuter les pectoraux, lui s’emmerdait comme un rat mort. C’était en quelque sorte le prix que le brun avait à payer pour avoir interrompu son entraînement. Noah posa les habits sur le petit banc posé contre le mur de la salle. Pas loin de son sac personnel, dont il sortit un petit quelque chose. Puis il revint vers le duo, en en profitant pour reluquer le dos du petit nouveau.

"Bon sang, c’est du grand n’importe quoi. Je vous jure, ces lycées héroïques ça vous muscle n’importe comment."

"T’es pas à la page, prof. Ça fait quoi, 20 ans que les cursus héroïques ont réintégré l’entraînement physique classique au programme ? Combien de temps que t’as pas vu d’apprenti pro ?"

Bunta ouvrit la bouche, prêt à répliquer, mais fut interrompu par un claquement. Noah venait d’asséner une tape amicale de la main droite dans le dos du gamin. En plein sur les fins traits blanchâtres qui le parcouraient. Refermées depuis longtemps. Mais pas assez pour être invisibles.

"Ce genre de carrure irrégulière c’est ce qu’on a avec l’entraînement héroïque à l’ancienne : les bagarres de rue."

Tout en disant cela, armé de son large sourire béat, Noah tendit à son professeur de la main gauche une liasse de yens.

"Je paye son premier cours."

C’était comme ça qu’on amadouait Koîchi Bunta. Un homme de valeur, mais un homme malgré tout.
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David Matsui
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David Matsui
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Mar 16 Oct - 0:14
La main claque sur mon dos avec une fermeté toute patriarcale. Pile sur mes cicatrices. La sensation de chaleur me remonte jusqu'au cerveau avec une vitesse effarante. Ma tension monte d'un cran tandis la moitié de mes muscles se figent. Je déteste cette sensation. Connard.... Enfoiré de fils de pute ! Il pouvait pas se retenir ce pauvre clown. Incapable de viser ailleurs hein ? Fallait impérativement taper sur ce qui brille c'est ça ?

"Ce genre de carrure irrégulière c’est ce qu’on a avec l’entraînement héroïque à l’ancienne : les bagarres de rue."

...

Ce type n'est pas un civil lambda.

Un civil lambda ne repère pas des cicatrices vieilles de plusieurs années au premier coup d’œil, encore plus quand un Alter régénérant c'est chargé de les refermer. Un civil lambda n'analyse pas la provenance d'une musculature en moins de cinq secondes. Un héro pro ? Non, un héro professionnel ne s’entraînerait pas ici. Un flic ? Non, il n'en avait pas la prestance. Plus un mercenaire, ou un détective privé. Pas quelqu'un de très officiel. Un marginal sans doute. Enfin, un marginal capable de sortir des liasses de billets pour le plaisir d'aider un mec comme moi. Le tout avec un grand sourire, et un regard semi compatissant. L'ensemble me parait tellement apaisé que je me demande si je ne dois pas prendre sur moi et laisser couler.

Le vieux professeur semble loucher sur l'argent. Il jette un regard à droite, un autre à gauche, et fini par empocher la liasse de billet en grommelant. Il disparaît soudainement en direction de son bureau, exposant ses larges muscles tandis que la porte s'ouvre en vitesse. Juste le temps de laisser le drôle de couple que le type et moi formons échanger quelques banalités.

"Merci pour l'avance. Ne vous inquiétez pas, je vous rembourserai à la sortie. Je n'aime pas vraiment faire traîner des dettes, c'est pas un bon signe pour le porte monnaie."

Il a à peine le temps de me donner sa réponse que son maître sort la tête de son antre. Elle semble moins bougonne que tout à l'heure, l'argent semble avoir fait son petit bonhomme de chemin dans la tête du vieux combattant. Il ne met pas longtemps pour se planter devant moi, encore une fois, afin de pouvoir m'écraser sous son regard de mastodonte. Je me demande si il est comme ça naturellement ou si la situation le pousse vers cette attitude de baroudeur semi actif.

"Bon... imaginons que je décide de te garder après cette séance payé par le contribuable. Qu'est ce que tu voudrais apprendre ?"

Un lueur digne de celle d'un gosse à qui on vient de poser LA question du siècle passe dans mon regard.

"Je ne suis pas en cursus héroique. Si je suis venu c'est pour améliorer ma défense, mon travail me met parfois dans des situations difficiles. Laissez moi vous expliquer..."


Dernière édition par David Matsui le Dim 13 Jan - 17:06, édité 1 fois
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Noah Kyanseru
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Noah Kyanseru
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Sam 12 Jan - 13:38
Très très poli le môme. Un japonais lambda comme Noah en avait tant vu, à ce niveau. La hiérarchie, le respect des anciens, toutes ces bêtises. L’inspecteur fit une moue amusée quand le gosse lui parla immédiatement du remboursement. Il était marrant. En tant que tel, c’était déjà amusant d’être aussi courtois à son âge, mais ceci couplé avec son corps blessé et tendu comme un string, c’était vraiment comique. Enfin, comique si on omettait le fait que ce pauvre adolescent était un traumatisé complet. Pour avoir réagi aussi instinctivement alors que Noah n’avait fait que toucher des blessures refermées depuis bien longtemps, c’est qu’il y avait un lourd bagage psychologique derrière. Le policier regretta un instant de ne pas avoir assez étudié la psychologie, son analyse ne pouvant pas aller plus loin. Enfin, il finirait bien par percer tous les mystères du brun, s’il le fréquentait assez longtemps.

Bunta réapparut et sortit son blabla classique. Il avait déjà accepté, au fond de lui, c’était évident. Mais il refusait de se montrer aussi sympathique devant un inconnu ou, encore pire, devant Noah Kyanseru. Malgré tout, il laissait au gamin l’embarras du choix. Brave Bunta. Le gosse se mit alors à expliquer en détail son travail. Il semblait faire confiance à l’enseignant pour trouver lui-même un art martial adapté à son emploi. Malin.

Un égoutier, donc. C’était ça, la légère puanteur que Noah avait senti sur son t-shirt. Les senteurs humides et souterraines. L’inspecteur regrettait de ne pas passer assez de temps dans les égouts. Trop peu de criminels s’y terraient en cas de dernier recours, la faute à ces plaques bien trop lourdes et sécurisées. Il rêvait d’une course-poursuite à travers les sous-terrains fétides qui se conclurait en apothéose, avec deux coups de feu qui enverraient valser un tueur en série dans les eaux souillées qui prendraient alors une teinte rouge…

Tout en rêvant d’eaux usagées, Noah écoutait attentivement le gosse, sans bouger. Bunta, lui, hochait la tête en signe de compréhension, de temps à autre. N’étant pas aussi expert en arts martiaux qu’il ne prétendait l’être, l’inspecteur se concentrait plutôt sur des éventuelles dissonances entre ses propos et son langage corporel, ou des incohérences dans son récit. Quand le gosse eut fini son récit, Noah en était arrivé à la conclusion suivante : Il ne ment pas directement, mais par omission. Un égoutier moyen devrait pouvoir se contenter de vidéos YouTube expliquant comment fuir un combat. Non, un égoutier moyen se contenterait de fuir tout simplement. Je ne sais pas s’il a des problèmes de dettes… Non, il semblait mettre un point d’honneur au fait de rembourser rapidement, il avait l’air sincère. Toujours est-il que pour une raison où une autre, il est obligé de se battre. Est-ce qu’il recherche la bagarre ? Ou est-ce qu’il est le souffre-douleur d’un groupe quelconque, bien organisé ? Tout ceci est très intéressant. Bien évidemment, les mésaventures d’un égoutier tokyoïte n’intéressaient qu’un détraqué comme Noah. Bunta, lui, avait saisi la substantifique moelle de toute cette histoire : le gosse devait apprendre à se défendre, de façon efficace et de préférence, rapidement.

"Je vois. Rien qui nécessite des années d’entraînement pour être efficace, on peut rayer à peu près 90 % des arts martiaux orientaux de la liste."

Koîchi Bunta se gratta le menton, alors qu’il grommelait une liste de divers styles de combat suivis de petits commentaires du style "Non", "Bof" ou "Pourquoi pas". Selon Noah, c’était de la pure frime, mais il resta silencieux et souriant.

"La boxe anglaise serait le meilleur choix en terme de pure efficacité mais je risque la taule si tu vas un poil trop loin, donc on va éviter. Je pense que la solution qui s’impose c’est de t’apprendre..."

"Le krav maga."

Bunta fusilla son élève du regard. Ce dernier lui adressa un regard qui signifiait "C’était un peu évident, en même temps."

"Au lieu de faire le malin, Kyanseru, rends-toi utile et apprends-lui un peu de taihojutsu."

"Bien essayé, mais c’pas pour les civils. Et j’ai pas le niveau pour l’enseigner."

"Sers-lui de sac de frappe, alors."

L’imposant enseignant se plaça entre les deux jeunes hommes, à 2 mètres de chacun d’eux.

"Montre-moi déjà ce que tu sais faire, je te corrigerai si besoin."

Noah sourit. Le baptême du feu. Lui-même l’avait déjà subi. Enfin, il se tenait de l’autre côté de la barrière, désormais. Il choisit de prendre cela comme une marque de confiance de la part de son instructeur, alors que c’était surtout une manière pour ce dernier d’avoir une petite chance de voir l’inspecteur se manger une avoine. Noah s’éloigna d’un pas du petit brun et leva une garde sommaire, toujours souriant.

"C’est quoi ton nom, petit ? Moi, c’est Noah Kyanseru."

Noah cherchait à se sortir de cette étrange situation dans laquelle il connaissait une grande partie de la vie d’un individu, mais pas son nom. D’une certaine manière, il aimait se retrouver dans ce cas de figure. C’était une sorte de manière de se prouver à lui-même qu’il tournait à plein régime. Mais il devait être un minimum poli. Surtout avec les gosses.


Dernière édition par Noah Kyanseru le Sam 12 Jan - 14:09, édité 1 fois (Raison : J'avais oublié une virgule après "lui", tudieu.)
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David Matsui
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Feuille de personnage
Titre: Maraudeur
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Alter: Wendigo
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David Matsui
Rang C
Ven 18 Jan - 22:14
La situation tourne rapidement au combat. C'est pas plus mal : je suis venu pour ça après tout. Mon adversaire est un homme plus musclé que moi. Je suppose que se battre est une partie de sa vie, je ne vais pas faire l'erreur de le sous estimer. Il est sans doute plus compétent que moi, et c'est mon Alter qui se charge de se genre de situation d'habitude. Mais si je suis venu ici, c'est bien parce que je ne veux plus me cacher derrière une créature que je ne maîtrise pas assez.

Je n'aime pas cette position défensive. Elle ne me dit rien du tout, c'est pas bon signe.

"David Ikeda. Enchanté."

Mon dernier combat au corps à corps digne de ce nom remonte à l'asile, le jour ou un patient que tout le monde pensait stable s'est jeté sur moi sans véritables raisons. Je n'avais pas fait forte impression, si ce n'est que j'étais capable d'esquiver assez convenablement. Reste qu'observer Wendigo m'a permis de comprendre quelques trucs.

Le premier coup de poing part. La garde de mon adversaire vient intercepter mon coup avec une telle facilité que j'ai l'impression d'avoir agressé un mur. Ce type est beaucoup plus fort que moi, c'est évident. Que ferait mon Alter dans cette situation ?

Il viserait les côtes !

Le coup de latte vers la cage thoracique s’enchaîne beaucoup plus vite que ce que je me serai cru capable. Mon pied fuse assez vite pour me paraître impressionnant, mais c'est loin d'être le cas de mon adversaire. Ce dernier, qui est loin d'être un imbécile, sait qu'il faut esquiver dans ce genre de situation. Mon pied a fait la moitié du trajet qu'il s'est déjà décalé sur la gauche.

"Allez. On réfléchis, on observe et on recommence."

"On n'est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait."

C'est quoi cette remarque de merde ? Nop, il faut pas y prêter trop attention, c'est une méthode de déstabilisation. Je devrais le savoir, je suis habitué à menacer les autres. Il faut me concentrer sur autre chose. Il me prend sans doute pour une bille, et il n'a pas tout à fait tort. C'est mon avantage : il ne va pas s'attendre à ce que je lui sorte un coup bas digne de Wendigo. Mon regard passe rapidement sur ses yeux, puis sur sa nuque, avant d'analyser ses bras et son jeu de jambe. Est ce qu'il va continuer de parer ou est ce que je vais me prendre le direct de ma vie ?

Arrêtons de nous poser trop de questions. J'ai un début de plan, mais pour le mettre en oeuvre je vais devoir déguster.

"Si j'étais le meilleur, je ne demanderai pas à un sensei de me massacrer une fois par semaine."

J’enchaîne avec un coup de poing en direction du torse. Classique, donc aisément contrôlable. C'est un piège. Si je peux arriver à viser la nuque, j'aurais atteint une position plus salutaire. C'est ce que mon Alter ferait, et je ne pense pas qu'un mec comme lui s'attende à quelque chose dans ce style.
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Noah Kyanseru
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Titre: Inspecteur
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Noah Kyanseru
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Dim 17 Fév - 20:59
David Ikeda. David Ikeda, David Ikeda, David Ikeda. Rien dans sa base de donnée personnelle sur cette combinaison précise et étrange de prénom et nom. Ikeda… Tatsuro et Sanaki Ikeda… Un couple de meurtriers. A peine adolescents et toujours en prison. Hanabi Ikeda… Vol à l’étalage. L’âge et la situation sociale correspondaient mais elle était dotée d’un alter de mutation très marqué, qui lui conférait une tête de lionne. Elle le tenait de son père qui le tenait lui-même de sa mère, le gène devait être extrêmement dominant, peu de chances qu’il ne se retrouve pas chez le gosse. Rien d’autre sur le nom de famille. Le prénom, zéro aussi. Les seuls David qu’il connaissait étaient Bowie et Hasselhoff, et le petit Ikeda était loin d’être aussi bien fichu qu’eux. Il devait élargir son champ de recherche. Des cas avec des prénoms étrangers récents… Junpei lui avait parlé d’un type avec un prénom peu commun qu’il avait emmené en garde à vue, mais Junpei était nul pour raconter les histoires. Il avait juste fini par s’énerver pendant 10 minutes sur les apprentis héros irresponsables, sans être capable de se souvenir du fameux prénom. Il avait au préalable consommé une forte quantité de saké, certes, mais Noah était quand même frustré.

Frustré et excité ! Une nouvelle tête, c’était toujours chouette. Et il se débrouillait… Pas trop mal. L’inspecteur sentait dans ses mouvements qu’il avait une vague idée de ce qu’il faisait, mais que son corps n’était tout simplement pas assez entraîné, pas capable de suivre ses idées. Probablement des coups qu’il avait appris en les subissant en premier lieu. Pas facile de reproduire exactement la patate qu’on s’était pris dans la tête il y a quelques jours, Noah en convenait. Son vrai problème, c’était peut-être justement qu’il réfléchissait trop. Il était si lent ! La technique y était presque, la force derrière les offensives était plus que respectable, mais il ne pouvait aligner que trois coups en moyenne avant de prendre un instant pour réfléchir à son prochain combo. Et si d’aventure Noah s’écartait un peu trop et qu’il devenait incapable de poursuivre l’enchaînement qu’il avait prévu, c’était un nouveau moment de flottement qui commençait.

"On n'est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait."

Bim, un petit coup de Morpheus, ça calme. Ikeda fronça brièvement les sourcils avant de se remettre dans le rythme du combat. Il allait tenter quelque chose, Noah en avait la conviction. C’était le but de la remarque, le pousser un peu à prendre des risques. L’inspecteur profita du temps de parole de David pour réfléchir. Allait-il riposter maintenant ? Ou être un peu pédagogue et lui montrer que prendre des risques permettait d’obtenir des résultats ? Va pour les deux.

Le coup de poing part et Noah s’avance en bombant le torse. Le coup touche, sans aucune force, intercepté à mi-chemin par le corps du policier. Sans laisser à Ikeda le temps de comprendre ce qui vient de se passer, Noah se saisit du poignet tendu et effectua une clé de bras avant de déporter son poids vers l’avant, emportant au sol avec lui le petit brun, sans lâcher sa prise. C’était un enchaînement qu’il n’avait pas effectué depuis longtemps. Il permettait d’infliger le moins de dégâts possibles à son adversaire tout en le neutralisant. C’était un des premiers mouvement qu’il avait appris lors de sa formation, mais une fois sur le terrain, il avait réalisé que contre les porteurs d’alters et les criminels armés, un coup de pied retourné dans la bouche était bien plus efficace et permettait de ne pas avoir à subir l’étape où le bandit hurlait "JE VAIS TE BUTER ! JE VAIS SORTIR DE PRISON ET BUTER TA FAMILLE, KYANSERU !". Enfin, il n’allait pas commencer à assommer des gosses. Toujours au sol, il s’adressa à David.

"J’ai senti un coup fourré, désolé, j’étais obligé de riposter. Mais c’était super, continue comme ça, hésite pas à te battre encore plus salement."

Il relâcha le môme, se releva et s’écarta un peu. Il lança un regard à Bunta. Ce dernier semblait en avoir vu assez et s’apprêtait à aider David à se relever, mais Noah tendit son index et bougea ses lèvres sans parler, de sorte à pouvoir communiquer sans être entendu de l’ado au sol.

"Encore une fois."

Bunta soupira et hocha la tête. Noah lui sourit en s’inclinant légèrement, en signe de remerciement. Il leva sa garde à nouveau.

"Round 2."
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